Nous avons rassemblé ici quelques craintes communes et nos réponses :
« Mon enfant a des organes génitaux atypiques, j’ai peur qu’il/elle se fasse moquer, harceler à l’école. Si je le/la fais opérer, le risque disparaît et il/elle vivra en sécurité »
La diversité corporelle existe dans toute la société. Il est important d’en discuter avec l’équipe éducative pour que toute moquerie soit immédiatement reprise. Ainsi votre enfant recevra le message qu’il/elle est protégé et que les moqueries ne sont pas acceptables. Il/elle ne sera pas « plus différent » qu’un enfant qui porte des lunettes ou qui est roux. Au contraire, l’opérer lui envoie le message que c’est son corps qui n’est pas acceptable. De plus, une variation corporelle ne disparaît pas si facilement : votre enfant pourrait aussi subir des moqueries sur ses cicatrices.
« Si mon enfant a des organes génitaux atypiques il/elle risque d’avoir du mal à s’identifier comme fille ou garçon et peut-être avoir un trouble de l’identité de genre. Si on peut lui fabriquer des organes « normaux » il/elle n’aura pas de problèmes »
Tout d’abord, il faut rappeler qu’être transgenre n’est pas un problème, c’est la transphobie qui l’est ! Mais aussi que l’identité de genre se construit semble-t-il très tôt et a moins à voir avec les organes génitaux qu’avec la façon dont l’enfant est élevé·e, et son sens personnel de sa propre identité. Si vous demandez à un enfant de 3 ans ce qui fait la différence entre une fille et un garçon ou pourquoi il est un garçon ou elle est une fille, il y a très peu de chances qu’il/elle vous parle de zizi de tant de centimètres ou de vulve avec un clitoris de telle longueur et telles lèvres. Par contre, faire opérer ou hormoner votre enfant lui envoie le message qu’il/elle n’était pas un « vrai » garçon ou une « vraie » fille au départ.
« Je veux qu’il/elle ait une vie sexuelle épanouie. Il paraît que les opérations précoces donnent de meilleurs résultats donc il faut faire au plus vite pour mettre toutes les chances de son côté »
La chose la plus importante à savoir c’est que c’est une idée fausse : les opérations précoces ne donnent pas de bons résultats, tout simplement parce que le corps de l’enfant grandit et change énormément. Les cicatrices s’aggravent, les douleurs aussi, les ouvertures se referment etc. Il est plus prudent d’attendre que la personne ait fini sa croissance, sauf si bien sûr elle exprime déjà des douleurs.
« Plus on attend plus ce sera traumatique. Il vaut mieux faire ça très tôt pour que mon enfant n’ait pas de souvenirs et puisse grandir normalement »
Votre enfant va grandir et un jour il/elle voudra savoir pourquoi il/elle a ces cicatrices, et découvrira ce qui lui a été fait sans son consentement. Cela crée souvent des ruptures familiales. Par ailleurs, c’est une idée fausse qu’une seule opération résoudra tout. La plupart des opérations génitales nécessitent des « reprises », par exemple des dilatations, des manipulations, pendant toute l’enfance et l’adolescence : votre enfant sera exposé à toutes ces violences et s’en souviendra très bien.
« Nous avons fait opérer notre enfant avant de savoir tout ça. Maintenant c’est trop tard, alors il vaut mieux garder le secret pour que ça ne le/la blesse pas pour rien. »
Si votre enfant a déjà subi une intervention chirurgicale, il est crucial de ne pas laisser cette expérience s’enfermer dans le silence. En parler avec lui, de manière ouverte et adaptée à son âge, est essentiel pour éviter que cela ne devienne un sujet tabou. Les enfants, même jeunes, ressentent souvent plus qu’on ne l’imagine, et aborder ces questions peut les aider à mieux comprendre leur histoire. À l’âge adulte, votre enfant aura accès à son dossier médical : découvrir la vérité seulement à ce moment serait beaucoup plus traumatisant et abimerait votre relation.